Je n’ai pas écrit grand chose depuis le 21/11. C’est dur de mettre ses idées en ordre en temps de crise. Je n’ai ni la prolixité de Marc Vasseur, ni la finesse d’analyse de Malakine, ni même le sens du local de Maxime Pisano de Nancy.
Donc je vous écris de la gauche, avec douleur. Le congrès est passé et il paraît que c”est Martine qui l’a remporté de 102 voix. C’est dérisoire… mais tout semble apaisé : on entend plus Manuel Valls.
Désormais nous avons une première secrétaire Lilloise. Mon cœur de chti fait boon ! Je suis à 1000 % derrière elle. D’ailleurs elle démarre bien notre 1ère; 3 semaines après le congrès et hors de la vue des militants, elle a composé une synthèse et monté son équipe. On l’a aussi vu avec les salariés de l’audiovisuel public, on la revoir sur d’autres fronts. C’est bien, on a besoin d’un PS offensif.
Comme si de rien n’était, le parti semble doucement se remettre en marche. Mais est ce que la meilleure façon de marcher c’est vraiment la notre ? Après ce consternant congres, je pense que nous n’avons toujours pas les moyens de nous opposer efficacement.
Nous n’avons toujours rien tranché sur le fond
Cohésion idéologique : pas sur la gauche
Dolez et Méluche regrettent que la gauche socialiste ait perdu beaucoup de terrain par rapport au congrès du Mans. Tellement ils sont en colère, ils quittent le parti . Et ils fondent un Le parti de la vraie gauche éternelle, dont eux seuls détiennent la formule1.
Pourtant, même si le parti s’amollit trop au goût des vieux, un des mots d’ordres de la campagne interne aura été l’ancrage à gauche réclamé par Matine et par Benoit.
C’est eux qui ont gagné : l’ancre est descendue. Pour autant le PS a-t-il gagné en lisibilité ?
Avec la victoire du camp (des camps? ) Aubry : nous devrions être bien dans nos valeurs de gauche.
J’ai entendu certains reparler de stratégie rupture avec le capitalisme (et même louer les mérites d’Hugo Chavez). J’ai vu des poings levés entonner l’internationale rue Lyderic.
Mais malgré les réflexes militants, il n’est plus aussi facile de prendre le parti par sa gauche. La stratégien n’a pas fonctionné. Pour faire + de 50% Matrine a du rallier M. social-traitre M. Socialiste et Libéral.
Les postions très à gauche affichés avant le congrès ne pouvaient pas être traduites en feuille de route tant l’attelage des vainqueurs est hétéroclite.
Dans le camp Royal, la ligne semble plus claire : réformiste économiquement, ouverte aux expériences en matière de démocratie ou de société2… et toujours aussi « Royale » dans la forme… du coup elle n’a pas su laisser venir à elle les petits soc-dem.
Tout sauf une ligne
La question Ségolène et le poids des égos nous ont encore privés d’un franc débat sur le fond. Seule la question d’une alliance avec le Modem a surnagé. On ne s’est positionné pour/contre Ségo et pour/contre l’alliance avec le centre Bayrou.
Nos élites se sont agglomérés pour faire bloc contre une Ségo trop droite dans ses bottes. Faute d’aller vraiment à l’affrontement, le parti est toujours incapable d’affirmer sa nature sociale démocrate pendant un congrès (putain les mecs, ça fait 100 ans!). Il peut le graver dans sa déclaration de principes3, votée sa 80% presque sans débat, il ne peut toujours pas l’affirmer devant un congrès.
Du coup nos chers leaders produisent en douce un texte d’orientation. Après une première lecture, j’y vois un document sans souffle, dans lequel on reprend grosso-modo le projet socialiste déjà en cours et où l’on refuse « toute alliance » avec le Modem4.
Verts de joie
Le seul enseignement théorique que je tire du congrès, c’est l’Environnement comme nouvel horizon indépassable du socialisme. L’écologie a été le thème majeur présent dans toutes les motions. J’aimerai y voir plus qu’une pose, même si les 2 motions 100 % écolo ont fait moins de 3 %.
Mais elle est où la candidate ?
Reims c’est incontestablement une défaite pour le parti, pour Ségo et pour Martine. Après cet automne agité, nous n’avons pas de Leader et peu de nouvelles têtes.
Martine = Ségo
Sans hypocrisie, qu’après le congrès, on pouvait espérer que le PS se donne une incarnation incontestable. Et quoi qu’en en dise dans les frigos, il s’agissait de qualifier une candidate pour préparer sereinement 2012. Le résultat à 50/50 nous laisse 2 chefs qui auront tôt fait de se mettre des bâtons dans les roues. Certains voient même le retour de Strauss-Kahn.
Malgré de beaux scores sous son seul nom (plutôt qu’une possible victoire sous celui de Peillion) Ségo a démontré qu’elle pouvait a la fois soulever un certain espoir et dresser contre elle une opposition rude, parfois imbécile, souvent mordante.
Du coup certains veulent même demander à ces dames de partir, aucune n’ayant franchement séduit le parti, comment peuvent elles conduire l’opposition ?
Le poing et le chrysanthème
Nous sortons aussi de Reims avec des tireurs de ficelles déjà là en 1981. Heureusement que Martine a formé une équipe sans eux, ça ne se voit plus trop. Mais il semble que MM. Mauroy, Jospin, Rocard et Fabius ont pesé sur les débats. Et la retraite à 60 ans alors?
Comme dans les entreprises et les administrations, on allonge le temps de travail au PS. La génération d’après guerre, devenue frileuse avec le temps est bien assise sur les épaules des plus jeunes, elle ne compte pas lâcher prise.
Benoit j’aime (mais j’aime pas ses postures)
La révélation du congrès c’est Ben. Quel orateur ! On pourrait reprocher à l’ex-bébé hollande d’être devenu pour Emmanuelli ce que Besancenot est pour Krivine. On pourrait aussi dire qu’avec ses airs fonceurs et son parler vrai, il a des airs de Sarko de Gauche.
Mais pourtant, quel brio ! Et puis dans la motion D, il y avait de l’efficacité et une vraie effervescence intellectuelle. J‘espère que notre nouveau porte parole continuera de dépasser le catéchisme de la gauche socialiste pour vraiment nous donner de l’avance.
Reculs stratégiques
L’UMP mène toujours le bal. Qu’on parle de la retraite à 70 ans, les plans de relance qui resserve 3 ou 4 fois, ou de la TV publique c’est toujours l’UMP qui tiens l’agenda. Ces réac’s qui ouvrent la prison à mineurs de 12 ans, ont même réussi a s’approprier le mot de « réforme ».
Moral des troupes : in ze chaussettes
Ne nous réjuissons pas, les jours de bataille seules 40% des troupes sont venue voter. Les désertions sont à craindre dans les section. Pourtant Ségo fait encore de très bons score. Tous les miliants à 20 € ne sont pas partis aussi vite que les médias le disent.
En plus, àchez les chefs la presse annonce . certains pourraient peut être encore passer à l’ennemi
Faut dire que dans les diners de famille, ça devient dur de s’afficher militant socialiste.
C’est qui nos alliés?
Autre mérite du congrès, avoir refait vivre un François Bayou enterré après les municipales.
On ne parlait plus que de l’alliance avec le béarnais,et de cruche royale qui lui aurait offert la place de 1er ministre. On a aussi en fait les compte des soutiens Aubrystes ayant fait des alliances locales avec les centristes. Il n’en demandait pas tant, lou ravi de Pau.
Toujours est il que Bayrou est revenu dans les médias et qu’il n’est pas mauvais. Je l’ai entendu dire qu’il refusait de se réjouir les malheurs du PS parce qu’il respectait les hommes et femmes de gauche. Il n’était pas mauvais non plus qu’en il disait vouloir envisager le capitalisme comme moyen de production pas comme seul mode de régulation sociale.
Moi j’ai des copains qui ont rejoint le modem par dégout des renoncements du PS, sur le vote des étrangers par exemple. Ces mecs sont peut être plus révoltés que moi.
Et puis économiquement les solutions proposées par Bayrou ne le semble pas incompatibles avec la déclaration de principe du PS.
Si on arrive à trouver des accords dans les mairies peut être qu’on pourrait envisager de travailler ensemble à chasser Sarkoy ? C’est au moins aussi important que de gérer le stationnement ou les cantines scolaires.
Les Verts aussi doivent être nos alliés puisque nous nous réclamons de l’écologie. Nous ferions bien aussi de nous inspirer de leurs nouvelle passion pour la cohésion.
Quant à l’alliance avec le PCF, on peut se demander à quoi elle sert, quand ce parti fait moins de 2%. Rappelons nous aussi comment le PS est plombé par son ancien allié dans les anciennes villes cocos du 93 ou du Pas de Calais.
Reste enfin le NPA et le nouveau parti de la Grande Gauche, on peu leurs demander geniment des alliances, pas sur qu’ils acceptent.
Comment passer les 2 prochaines élections ?
Sans projet politique défini, avec des troupes qui s’amenuisent, ça va être difficile de convaincre. Aux européennes où la proportionnelle désavantage les grands parti et ensuite aux régionales où il sera difficile de garder 20 régions sur 22… le PS va devoir traverser des défaites. Je ne crois pas qu’il soit bien armé pour cela.
Avec un peu de bonne volonté, on mettra notre mouchoir sur les haines, nous arriverons peut être à nous opposer à la droite (et ce sera déjà pas mal).
Mais, tant que nous n’aurons pas trouvé de projet de société capable d’emballer plus de 50 % des socialistes, il sera dur de convaincre hors du parti que le PS c’est un espoir crédible de changement.
Nous n’avons pas vraiment de ligne affirmée, aucun leader incontestable, et position stratégique est pour le moins faiblarde.
Il nous faut de toute urgence retrouver de la cohérence. Pour cela il ne faut pas avoir peur de remettre nos opposions internes sur le tapis. C’est le prix pour avoir une direction assise sur une majorité réelle: gage d’efficacité, assise sur un programme clair = gage de lisiblité.
Tranchons, même si ça nous coute quelques postes. Tranchons même si ça nous coute quelques élection. Tranchons ou le PS perd des historiques5.
Et pour cela je pense qu’il faudrait d’urgence un congrès extraordinaire. Revoter c’est clarifier la situation. Les Verts l’ont fait quand il y a eu égalité entre Cochet et Voynet. Le moins que l’on puisse dire c’est qu’aujourd’hui ils sont en ordre de bataille.
Pour 2012, il faudra que le parti dispose d’une majorité claire assise depuis au moins quelques mois sur un parti efficace. C’est seulement comme cela que nous pourrons construire un programme percutant ; nous ne risquons pas de convaincre avec un PS dont la direction et le programme vivoterons pendant 3 ans sur le plus petit commun dénominateur de la Gauche.
Ce congres doit absolument se tenir avant 2011 car comment imaginer que le parti tel qu’il se porte aujourd’hui pourra sereinement débattre ? Pourtant , les oppositions sont devenues tellement irrationnelles. Il faut nous calmer. On pourrait attendre un an, puis voter aprés les régionales de 2010. Çà pemettrait de choisir des leaders parmis ceux qui auront réussi à convaincre les électeurs dans un contexte pas evident.
PS: si non j’ai écouté qq nouveaux morceaux de Franz Ferdinand et j’ai retrouvé des raisons d’espérer en 2009.
1 La recette se transmet de bouche à oreille depuis Paul Faure
2
Mais quel dommage que le texte de la motion E ait abandonné les références au non cumul des mandats
3
La déclaration, c’est ce texte planplan qui sert de carte d’identité au PS. Le document est un peu mou et très diplomatique mais il paraît que c’est une nouvelle affirmation de l’attachement du PS à l’économie de marché.
4
Et alors on fait comment pour les élections locales : ? On ne fais plus de listes avec le modem ? On compte sur les 2 % du PCF ? Sur le nouveau parti de la sainte gauche ou sur le NPA ?
5
moi je m’en fout des historiques, en 81 j’étais pas né. Et puis on a déjà réussi faire partir Mélanchon, encore un effort.